• Gestion de l'eau de l'Union Pour la Méditerranée

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    es représentants de trente-deux pays d'Europe et du pourtour méditerranéen ont adopté, lundi 22 décembre, sur les bords de la mer Morte, en Jordanie, une déclaration définissant les principes d'une future stratégie commune de gestion de l'eau en Méditerranée, au moment où la pénurie d'eau s'aggrave dans la région. La conférence, coprésidée par la France, l'Egypte et la Jordanie, était organisée dans le cadre de l'Union pour la Méditerranée (UPM), lancée le 13 juillet.
    La question de l'eau "constitue un véritable test pour l'UPM", a déclaré le ministre français de l'écologie et du développement durable, Jean-Louis Borloo, qui coprésidait la réunion. "Si nous parvenons à nous mettre d'accord sur un sujet aussi vital, l'UPM aura fait la preuve de sa légitimité politique", a-t-il poursuivi.

    L'approvisionnement en eau douce est un enjeu crucial en Méditerranée, où les pays des rives méridionale et orientale disposent de très faibles ressources. En 2005, la population méditerranéenne "pauvre" en eau - c'est-à-dire vivant avec moins de 1 000 m3 par an et par habitant - s'élevait à 180 millions de personnes, soit presque un quart de la population des pays membres de l'UPM. Parmi elles, soixante millions se trouvaient en situation de pénurie (moins de 500 m3/an).

    Cette situation va en s'aggravant, du fait de la croissance démographique, des conséquences du changement climatique et des pollutions, qui rendent l'eau impropre à la consommation. "Nous savons qu'au rythme où vont les choses, les ressources en eau disponibles baisseront de façon dramatique et irrémédiable, dans des régions déjà soumises à un stress important, a affirmé M. Borloo. Avec, à la clef, des risques de déstabilisation majeurs." Dans de nombreuses régions, les fleuves et aquifères sont partagés entre plusieurs pays, ce qui accroît les risques de conflits.

     

    Les Etats confrontés au manque d'eau cherchent d'abord à trouver de nouvelles sources d'approvisionnement : multiplication des forages, création de barrages, construction de pipelines. Ces politiques atteignent leurs limites : de nombreux pays surexploitent leurs ressources, compromettant le renouvellement de leurs nappes souterraines, ou puisent dans leurs réserves fossiles.

    Peu de gouvernements tentent en priorité d'agir sur la demande en eau, par exemple en réparant les fuites dans les réseaux de distribution ou en améliorant les techniques d'irrigation agricole, principale consommatrice. Les marges de progrès sont pourtant considérables. Une meilleure gestion permettrait d'économiser un quart de la consommation, selon les travaux du plan Bleu, l'organisme des Nations unies chargé de la Méditerranée.

    La déclaration de la mer Morte engage les pays signataires à rationaliser leur usage de l'eau. Selon le texte, la stratégie visera cinq objectifs : adaptation au changement climatique ; équilibre entre offre et demande ; protection et réhabilitation des milieux naturels ; dépollution de la Méditerranée ; technologies et usages efficients de l'eau. Elle devrait être adoptée en 2010, et s'accompagner de réalisations concrètes et reproductibles, à même de l'incarner.

    L'objectif est de rompre avec la logique incantatoire des initiatives euroméditerranéennes précédentes. "Au lieu de débattre de préfinancements pendant des années, nous voulons partir de projets concrets et aller chercher les financements", a affirmé M. Borloo.

    Une première liste de projets a été rendue publique. Elle comprend, par exemple, la gestion efficiente de l'eau agricole dans la vallée du Jourdain, l'évaluation des risques liés à la remontée du niveau de la mer dans le delta du Nil, l'installation de petites unités de dessalement fonctionnant à l'énergie solaire au Maroc et en Tunisie, le projet de canal reliant la mer Rouge à la mer Morte...

    Pour réussir, ce processus devra dépasser plusieurs obstacles, en particulier la réticence des Etats à élaborer des politiques concertées sur une ressource relevant de leur sécurité nationale. Et leur difficulté à remettre en cause des droits de prélèvements et des habitudes acquises de longue date, en particulier dans le secteur agricole.

    Gaëlle Dupont

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